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Discurso do Ministro Celso Amorim por ocasião de debate no Instituto Francês de Relações Internacionais - IFRI – Paris, 24 de junho de 2009
Monsieur Thierry de Montbrial, Président de l'Institut français des relations internationales,
Mesdames et Messieurs,
Tout d'abord, j'aimerais remercier les organisateurs de m'avoir invité à participer au présent débat. Je suis venu à Paris cette fois-ci dans le cadre de la réunion ministérielle de l'OCDE, où je compte insister sur la nécessité de conclusion du cycle de Doha de l'Organisation mondiale du commerce.
En obtenant une conclusion équilibrée du cycle, nous enverrons un important message aux acteurs économiques en ce qui concerne la disposition des gouvernements à réagir à la crise. Je sens qu'il y a une nouvelle inclinaison de la part des gouvernements à reprendre les négociations.
Le Brésil est un des pays les plus engagés dans le processus de perfectionnement du système de commerce multilatéral. Nous avons fondé le G20 de l'OMC. La construction de ce groupe s'est faite à Cancun, en 2003, par des pays en développement qui croient à l'efficacité de l'action collective et qui réclament une plus grande cohérence des pays riches, surtout en ce que concerne la libéralisation du commerce agricole. Il n'y a même pas quinze ou vingt ans la voix de ces pays n'était pas entendue par ceux qui formulaient de fait les règles du jeu. La réalité internationale a beaucoup changé et cette transformation a permis l'émergence de nouveaux acteurs. Le rôle du Brésil dans les relations internationales a considérablement pris de l'importance. L'OMC n'est qu'un exemple.
D'une part, les transformations politiques, économiques et sociales de la société brésilienne ont contribué à une nouvelle perception nationale dans le Brésil. De l'autre, l'action diplomatique brésilienne sous le Gouvernement Lula a pris une tournure moins timide, plus à la hauteur du poids relatif du Brésil dans le monde actuel.
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L'expression «nouvel ordre mondial» a été largement utilisée par le président Bush père pour nommer la période qui a suivi la fin de la Guerre Froide, alors que l'hégémonie américaine semblait incontestable. Après l'unanimité que les États Unis ont obtenue au Conseil de Sécurité de l'ONU afin de répondre à l'attaque de Saddam Hussein contre le Koweit, les relations internationales des années 1990 ont été marquées par l"indéniable supériorité politique et militaire des Américains.
Dans les années récentes, nouveaux centres économiques ne cessant de surgir. Même si aucun autre acteur international n"était suffisamment fort pour affronter Washington, l'«hyperpuissance» n'était pas la seule force à prendre en compte.
L'ordre international qui s"établit en ce moment est différent. La transformation contemporaine du système international, que nous pouvons appeler post «post Guerre froide» est en train de créer une autre espèce d'ordonnément du pouvoir.
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La période que nous vivons maintenant assiste à l'émergence de pays en développement sur la scène mondiale. L'écrivain indo américain Fareed Zakariah a appelé ce phénomène « the rise of the rest » -- « l'ascension du reste ».
La crise internationale a montré que l'économie mondiale ne peut plus être réglée par un directoire de sept ou huit pays. Les pays émergents représentent une partie plus grande de l'économie mondiale qu'ils ne représentaient auparavant et sont des acteurs politiques de plus en plus influents sur la formation des régimes internationaux actuels.
La semaine dernière, le premier sommet des chefs d'État et de gouvernement du groupe BRIC - qui réunit le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine - a eu lieu à Yakaterinbourg, en Russie. Le sommet des BRIC a été une opportunité importante pour le processus d'institutionnalisation du groupe qui représente 40% de la population, presque 30% du territoire et 15% de la production mondiale. En 2030, ce chiffre pourrait atteindre 50% des habitants de la planète et de tout ce qui est produit dans le monde.
À Yakaterinbourg, ces quatre pays ont, entre autres, décidé de maintenir la routine de réunions au plus haut niveau et de créer un forum entre les chefs d'entreprises des quatre pays afin d'exploiter les opportunités d'affaires. Les quatre grands pays en développement sont aussi en train d'articuler leurs positions dans les forums internationaux. D'une certaine façon, les BRIC sont comme une « prophétie auto-réalisante». Connu pour les analystes de Wall Street, le groupe BRIC souhaite contribuer à la construction d'un ordre mondial plus multipolaire.
L'élargissement du G8 à 5 ou 6 pays en développement est aussi très illustrative de ce qui se passe dans les relations internationales contemporaines. Dans quelques jours, à l"Aquila, en Italie, la déclaration finale du sommet sera pour la première fois le résultat d`une négociation entre le G8 et le Brésil, la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud et le Mexique.
Les BRIC, le Forum Inde-Brésil-Afrique du Sud (IBSA), les deux G20 sont la preuve que la dichotomie centre-périphérie est en train de disparaitre. Le grands pays en développement - notamment la Chine, l'Inde, le Brésil, la Russie, l'Afrique du Sud, l'Indonésie, le Mexique, l'Egypte (pour n"en nommer que quelques-uns), sont en train de redessiner la géographie politique et économique mondiale, selon une expression du président Lula.
Les pays en développement aujourd'hui ont une force qu'ils n'ont jamais eu. L'articulation diplomatique entre les pays en développement d'aujourd'hui est différente de celle des années 70 et de l'époque où est né le G77. Maintenant, les pays émergents ont la capacité d'exiger que les règles internationales soient faites avec leur participation directe, de façon plus démocratique et en faveur de la promotion de leur développement.
Après la crise de 2009 née aux États-Unis, l'émergence du G20 financier a lancé la réforme du système financier international. Tant les gouvernements étrangers que les analystes reconnaissent qu"il n"est désormais plus possible d'agir dans les relations internationales sans écouter les pays émergents.
Tous ces processus sont les conséquences de la capacité et de la volonté politique des pays en développement de faire entendre leur voix partout dans le monde. Malgré l'existence, d'après le concept du penseur français Jean-Baptiste Duroselle, de «forces profondes» en faveur d"une multipolarisation des relations internationales, la détermination politique des dirigeants est nécessaire à la concrétisation de l'esprit de changement.
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La diplomatie brésilienne est sûre de faire sa part. L'objectif central de la politique extérieure du président Lula est aider à construire un ordre international plus juste, démocratique et multipolaire. Comme corollaire de ces aspirations, notre diplomatie est orientée vers la défense des valeurs et intérêts brésiliens partout dans le monde et la solidarité vis-à-vis des autres pays en développement, surtout les plus pauvres.
Le commandement militaire de l'opération de stabilisation de l'ONU en Haïti, l'engagement dans le dossier palestinien, la présidence du cas de la Guinée-Bissau dans la Commission de construction de la paix des Nations unies et de nombreuses actions en Amérique du Sud sont des exemples qu'il est possible de rapprocher des intérêts nationaux à l'esprit de solidarité internationale.
La diplomatie du gouvernement du président Lula cherche un type d'engagement constructif dans les questions internationales. Cela veut dire que nous préférons maintenir le dialogue à travers des solutions conjointes. Le dialogue est presque toujours plus efficace que l'isolement.
Le Brésil estime que les droits de l'Homme doivent être vraiment universels. Ils doivent protéger l"ensemble des êtres humains de la planète sans aucune distinction. Pour citer une expression d'un collègue, la diplomatie brésilienne souhaite que la situation s"améliore sur le terrain, que ce soit à Genève ou à Guantanamo.
Depuis 2003, notre politique extérieure a favorisé le rapprochement avec d'autres régions en développement - l'Afrique, l'Asie, le Proche Orient, au-delà, évidemment, de poursuivre l'intégration sud-américaine.
Le nombre de visites effectuées par le président Lula à l'étranger et les visites de chefs d'État et de gouvernement étrangers au Brésil est sans précédents. Nous avons ouvert plus de 35 représentations diplomatiques brésiliennes à l'étranger depuis 2003, la plupart d'entre elles en Afrique, en Asie et dans les Caraïbes.
L'Afrique est une priorité de la politique extérieure brésilienne. Le président Lula s"est rendu huit fois sur le continent africain, visitant plus de vingt pays. -Il s'y rendra une nouvelle fois la semaine prochaine quand il sera l'invité spécial du XIIIème Sommet de l'Union Africaine en Lybie. Le fait que le commerce du Brésil avec l'Afrique ait été multiplié plus de cinq fois entre 2002 et 2008 est aussi le résultat de ce rapprochement politique.
De même, la diplomatie brésilienne cherche un rapprochement avec les pays Arabes. En 2005, Brésil a organisé à Brasilia le premier Sommet Amérique du Sud-pays Arabes. Le commerce entre le Brésil et les pays Arabes a été multiplié par quatre depuis 2003. Avant le président Lula, aucun président brésilien ne s'est jamais rendu dans la région d"où 10% de la population brésilienne est originaire. Moi-même je suis allé trois fois dans la région du conflit- la dernière au mois de janvier quand j'ai eu l'occasion de m"entretenir avec les dirigeants arabes et israéliens au sujet de la crise de Gaza.
La stratégie Sud-Sud de notre politique extérieure a pour but de diversifier les partenariats du Brésil dans le monde et faire bénéficier d'autres pays en développement de la solidarité brésilienne. Mais cette stratégie n"a pas été mise en place au détriment de nos partenariats traditionnels : les relations bilatérales avec les États-Unis n'ont jamais été aussi bonnes. Avec l'Union européenne, nous avons signé un Partenariat Stratégique qui marche bien. De même, la Partenariat Stratégique entre le Brésil et la France reflète l'excellent état de nos relations bilatérales. Il faut le dire, le Brésil et la France partagent une vision très semblable du besoin de réformer le système de gouvernance mondiale.
Le Brésil voit néanmoins avec inquiétude le traitement réservé aux immigrants par de nombreuses autorités européennes. Le Brésil, qui estime que racisme et démocratie sont incompatibles, est en train de régulariser la situation de tous les immigrants qui étaient illégaux sur le territoire brésilien.
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Dans notre région, le gouvernement brésilien a entrepris des efforts pour renforcer le Mercosur; pour constituer l'Union des Nations Sud américaines, la première organisation internationale strictement sud-américaine dont tous les pays de la région font partie; et pour réaliser le Sommet d'Amérique Latine et des Caraïbes à Costa do Sauípe, dans l'état de Bahia, le premier de ce type sans, disons, patronage extérieur.
Le Brésil était fortement impliqué dans l'annulation de la suspension de Cuba de l'Organisation des États Américains. À San Pedro Sula, au Honduras, les pays des Amériques ont décidé de mettre fin à une décision anachronique qui aidait à perpétuer l'isolement de l'île. Le Brésil s'est toujours efforcé de trouver une solution à l'impasse qui séparait les États-Unis et d'autres pays de la région. À la fin de la réunion, les membres de l'OEA ont choisi d'annuler la suspension. C´est au gouvernement cubain de décider s'il veut rejoindre l'Organisation plus tard. La décision de San Pedro Sula a enterré la Guerre froide en Amérique. Maintenant, un pareil « aggiornamento » doit avoir lieu aux Nations Unies, dont la structure reflète encore la distribution du pouvoir mondial selon la dynamique de l'après-guerre.
Ce qui se passe au Conseil de sécurité de l'ONU, où le retard d'une réforme qui permettra aux grands pays en développement d'obtenir une représentation juste nous remette a une réalité du passé. Il faut faire que les institutions représentent la nouvelle réalité.
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Le Brésil est désormais devenu un participant actif des relations internationales, poursuivant sa vocation d'acteur mondial qui a des intérêts et des responsabilités dans toutes les régions du globe. Tout cela est en train de se passer notamment grâce à l'action diplomatique du gouvernement du président Lula.
Par conséquent, on peut dire de façon dialectique que le Brésil est à la fois sujet et objet, une des causes et des conséquences du réalignement des relations internationales contemporaines en faveur des pays en développement.
Merci beaucoup.